Daeninckx’cafe

Texte de Didier Daeninckx, adaptation et mise en lecture Bruno Thircuir, scénographie : François Gourgues. Accessoires : Cati Réau, Costumes : Béatrice Ribault, son : éric Biston, avec Jean-Luc Moisson, Anne-CLaire Brelle, ALphonse Atacolodjou et Isabelle Gourgues

Note d’intention : 
Enfant, j’ai connu l’empathie pour un criminel. Une criminelle en l’occurrence. Elle avait tué son mari à coup de coin. Un coin est une pièce métallique de 2 à 3 kilos qui permet de fendre des bûches de bois. 13 coups de coin dans le dos. J’entre dans la cave de cette maison aveyronnaise aux côtés de mon père, médecin. Il a été appelé par Madame Raynaud car son mari, Albert, est coincé sous le tas de bois dans le caveau. Mais quand nous entrons dans la cave, le corps d’Albert n’est couvert que par une ou deux bûches. Par contre mes yeux d’enfant fixent à jamais les coupures ensanglantées au niveau de la nuque et du crâne. Monique Raynaud n’avoua que le lendemain soir. Et comme mon père était persuadé qu’il s’agissait d’un règlement de compte entre voisins, il m’invite à me réfugier auprès de madame Raynaud. Je me souviens bien de l’intérieur simple, la toile cirée, du thé. Et cette question que MOnique Raynaud me répétait régulièrement et à laquelle je ne savais que répondre : Mais que font-ils? Pourquoi Albert ne ressort pas? 
Est-ce ce souvenir d’enfance qui me fait aimer les criminels et le thé tiède sur une toile ciré? 
l’atmosphère de notre café ressemblera à ce souvenir. Dans les nouvelles de Daeninckx que nous allons vous lire, nous sommes dans un simple café. On devine rapidement, ou pas, qui a tué. Mais ce qui est véritablement important c’est que nous sommes dans des histoires pour lesquelles le meurtre n’est jamais gratuit. Il est connecté à la vie secrète de notre temps, il invite à une forme de compassion. LEs meurtres sont commis par des crapules qui pourraient être vos voisins. Ils sont là, juste à côté de vous, et peut-être même en vous? Des personnages de fictions? Probablement, mais des fictions en forme de point d’interrogation, interrogations sur notre propre société, notre propre cupidité, notre propre machiavélisme. 
Et puis, comme dans ce souvenir d’enfance les personnages ont des gueules, des grandes gueules, de belles gueules. les acteurs de la Fabrique des petites utopies seront ces personnages ordinaires comme échappés des pages sombres de Didier. Lors d’une conversation, j’ai demandé à Monsieurs Daeninckx si je pouvais couper, adapter, mettre au je certains passages de la narration : il a tout accepté joyeux , confiant. Alors, la lecture peut devenir théâtre. Aussi, j’espère que, même si vous venez écouter ces histoires, j’espère que vous entrerez dans notre Café imaginaire en ayant quand même une petite inquiétude du genre : Mais pourquoi ils ne ressortent pas?